Vous participez à toutes les créations de la Compagnie Amin Théâtre ?

Oui, je suis présent sur tous les spectacles de l’Amin depuis 1994 aux côtés de Christophe Laluque metteur en scène avec qui je collabore également sur les projets propres à la résidence du théâtre (ouvertures de saison, festival « étranges étrangers », ateliers pédagogiques…). Au fil des créations, il s’est forgé entre nous une amitié profonde basée sur la complicité, la confiance et d’envies artistiques communes.


La musique a t-elle une part importante dans les spectacles de l’Amin ?

Oui, la musique et les sons sont très présents et participent grandement à la dramaturgie des spectacles.

Cela dit, nous avons coutume à l’Amin de ne pas hiérarchiser les choses. La musique n’a pas plus ni moins d’importance que la lumière, le texte, les comédiens, la scénographie, la vidéo etc.

Chaque corps de métier amène son savoir faire au service d’un spectacle, le metteur en scène étant le maillon central. Il ne s’agit donc pas de briller individuellement pour avoir la meilleure part mais de savoir imbriquer son art dans une œuvre commune. Cela demande une certaine humilité, il peut m’arriver par exemple de passer de longues journées à travailler une belle musique pour qu’elle soit en définitive diffusée en fond presque imperceptible. De même, un comédien accepte s’il le faut d’être noyé dans une musique très forte qui couvre le texte. Peu importe, nous allons tous dans le même sens : celui du spectacle.


Comment créez-vous la bande-son d’un spectacle ?

1ère étape :

Entrevue(s) en amont avec le metteur en scène. Il me confie ses intentions artistiques et nous discutons autour du texte sur l’ambiance générale, les couleurs sonores et les directions musicales possibles.

Souvent, une lecture par les comédiens est organisée, je l’enregistre pour avoir la sonorité du texte en mémoire.

2ème étape :

Je commence à travailler chez moi des textures sonores, je bidouille des effets et j’esquisse des mélodies. À ce stade, je ne m’interdis rien car tout servira de matière sonore à expérimenter avec les comédiens.

3ème étape :

Travail sur le plateau avec toute l’équipe, je diffuse mes ébauches sonores, parfois je joue en direct. Sous la direction du metteur en scène, on improvise, on cherche, on expérimente, on rebondit sur une idée qui en amène une autre et une autre…

Peu à peu, des moments de théâtre prennent vie, des tableaux apparaissent, des scènes se dessinent jusqu’à prendre une forme définitive.

4ème étape :

De retour chez moi, j’enregistre définitivement les musiques, les sons et les voix-off du spectacle. Les trois derniers jours sont consacrés aux répétitions et aux filages techniques.


Il y a t-il une spécificité à composer pour le jeune public ?

Oui et non :

- Oui car j’ai constaté que contrairement aux adultes, les enfants perçoivent les musiques et les sons de façon instinctive. Ils n’intellectualisent pas encore les choses. C’est pourquoi même si la bande-son d’un spectacle fait l’objet d’un travail de fond, je privilégie toujours le ressenti direct à l’intellect (et ça me convient très bien). Particulièrement à l’Amin où la notion de « tous publics » est importante ; Chacun a une lecture différente du spectacle et tout le monde y trouve son compte.

- Non car quoi qu’il en soit, je m’exprime musicalement de manière spontanée sans chercher à prendre un ton enfantin. Je n’hésite pas à prendre une guitare électrique saturée ou une batterie hardcore si j’en éprouve le besoin. A contrario, je ne me force pas à mettre un son de boîte à musique pour charmer les enfants. Même s’il est vrai que j’en utilise beaucoup mais rien ne m’y oblige, c’est tout simplement que j’aime les boîtes à musiques. Ma devise : « Les guitares électriques, les boîtes à musique… Même combat ! »


Faites-vous également la régie sonore des spectacles de l’Amin ?

J’assure en général la régie de la première série de représentations publiques.

Le jeune public réserve parfois des surprises (bonnes ou mauvaises), il est souvent nécessaire de faire des réajustements en conditions réelles ; affiner le niveau de diffusion des microphones, raccourcir ou rallonger une musique, modifier une ambiance sonore…

Une fois le spectacle rodé, mon travail se termine et la régie est confiée au régisseur de la compagnie.


Peut-on trouver vos musiques de spectacles sur CD ?

Non, car ces musiques ont été conçues pour être écoutées dans un contexte précis de mise en scène avec une dramaturgie, des mots, des comédiens, des lumières, des images vidéos, des décors etc.

Isoler la musique d’un spectacle pour en faire une compilation CD « à emporter » serait à mon avis une erreur car c’est sur scène que ces musiques revêtent une dimension poétique.

D’ailleurs, Je suis toujours surpris de voir à quel point une petite musique toute simple fabriquée dans ma chambre peut dégager grâce au théâtre des charges émotionnelles insoupçonnées. C’est probablement la raison pour laquelle, après dix-huit ans de carrière, j’éprouve toujours autant de plaisir à créer pour le spectacle vivant.

Cependant (époque oblige), j'ai un soundcloud où il est possible d'écouter quelques extraits musicaux : soundcloud.com/nicolasguadagno

Extrait des Cahiers de l'Amin Théâtre (théâtre enfance et jeunesse) paru en mars 2011.

Les Cahiers de l'Amin Théâtre. Mars 2011.

Questions à Nicolas Guadagno